31
May
2018
Agents comptables : un renouvellement problématique dans le secondaire, un métier attractif dans le supérieur (IGAENR)

par hamid

Agents comptables : un renouvellement problématique dans le secondaire, un métier attractif dans le supérieur (IGAENR)

Agents comptables : un renouvellement problématique dans le secondaire, un métier attractif dans le supérieur (IGAENR)

Alors que le remplacement des agents affectés à la comptabilité des 7 850 EPLE s’annonce problématique, la même fonction dans l’enseignement supérieur est, elle, très attractive, avec une moyenne de 9 candidatures par poste. C’est ce qui ressort d’un rapport non public de l’IGAENR (1), présenté le 24 mai 2018 à Bordeaux lors du colloque de l’association des DAF des établissements de l’ESR. Datée de 2017, cette analyse identifie plusieurs enjeux pour le recrutement et la formation dans ces métiers devenus des rouages importants dans le supérieur (avec les RCE), dans les académies (avec le contrôle budgétaire dévolu aux recteurs) et dans le système éducatif – le resserrement de la carte des agences comptables s’accompagnant d’un souci d’efficacité. Sans oublier la nécessité de ne pas négliger le vivier de recrutement des IRA et de favoriser les mobilités.

Les directeurs des affaires financières des établissements de l’ESR, réunis pour leur premier colloque à Bordeaux les 24 et 25 mai 2018, ont eu la primeur, jeudi, d’un rapport de l’IGAENR consacré aux problématiques de recrutement et de formation des filières financières et comptables dans le système éducatif (scolaire et supérieur).

Pourquoi l’IGAENR s’est-elle intéressée à ces agents ?

Les métiers financiers et comptables sont devenus un maillon essentiel dans le système éducatif et l’ESR. Dans les académies, le contrôle du budget des établissements de l’enseignement supérieur dévolu au recteur a "pris une importance considérable", souligne le rapport. De leur côté, ces mêmes établissements de l’ESR ont dû faire face à "des réformes d’ampleur, nécessitant une prise en charge financière sécurisée". Et dans l’enseignement scolaire, le resserrement de la carte des agences comptables s’accompagne d’un fort besoin de renouvellement des personnels, proches de la retraite ; un problème qu’avait déjà pointé l’Inspection lors d’une précédente analyse en 2016 ("L’évolution de la carte comptable : de la croisée des chemins à de nouveaux défis à relever") (lire sur AEF).

Quelles sont les conclusions de ce rapport ?

Des agents âgés dans le second degré. Dans moins de 10 ans, il faudra remplacer la moitié des agents comptables travaillant pour une des 1 357 agences traitant la comptabilité de plus de 7 800 EPLE. La pyramide des âges est vieillissante dans ce corps de métier : 45 % de ces personnels avaient 55 ans et plus en 2015, 20 % plus de 60 ans. Un problème qui se télescope avec la suppression du corps des Casu, "sans qu’aucune formation théorique un peu consistante ne s’y soit substituée". Conséquence : les nouveaux agents comptables sont formés dans les établissements par des tuteurs, avec le risque de voir possiblement "se reproduire de mauvaises habitudes", s’inquiète l’IGAENR.

Des places attractives dans le supérieur. A contrario, la fonction d’agent comptable d’EPSCP est très convoitée. Un millier de candidats est recruté sur liste d’aptitude chaque année, en grande majorité venant de la Dgfip (une petite quarantaine provient des EPLE). Avec en moyenne 9 candidatures par poste. L’an dernier, pour 16 emplois à pourvoir, 160 candidats se sont présentés. Le maintien d’un recrutement par liste d’aptitude interroge toutefois l’IGAENR, car actuellement, il "ne sert pas d’outil GRH pour repérer des compétences", indique Martine Saguet, l’une des trois auteurs de ce rapport.

Les IRA, un vivier négligé. Pour recruter dans les fonctions comptables et financières, le MEN et le MESRI sont insuffisamment attractifs pour les sortants des IRA (instituts régionaux d’administration). Un tiers des promotions d’attachés d’administration de l’État formés, après concours d’entrée, dans ces instituts, intègre le système éducatif, principalement le second degré ; les universités et écoles supérieures leur préférant plutôt des profils plus spécialisés (2). Les enseignements scolaire et supérieur peinent ensuite à fidéliser les attachés qu’ils ont recrutés, constatent les inspecteurs généraux. "Le système se prive de compétences car le concours d’entrée aux IRA est très sélectif", a regretté jeudi à Bordeaux Martine Saguet, assurant avoir alerté la CPU à ce sujet.

Turn-over chez les contrôleurs budgétaires des académies. En majorité de catégorie A, ces personnels accusent "un différentiel de compétences" avec ceux des universités "mieux formés". Et la profession connaît un fort turn-over — l’ancienneté y est inférieure à deux ans. Selon l’IGAENR, le ministère a pris "conscience du malaise" et y a répondu, en "faisant remonter ces services au niveau des régions académiques afin d’atteindre une taille critique" et en formant ces agents "pour les fidéliser".

Que préconise l’IGAENR ?

Pour rendre ces métiers plus attractifs, les inspecteurs généraux font plusieurs suggestions aux deux ministères :

  • créer et valoriser une filière métier (commune aux agences comptables du secondaire, aux établissements de l’ESR et aux services académiques chargés du contrôle budgétaire),
  • afficher un parcours de carrière, ce qui supposerait, entre autres, un alignement des régimes indemnitaires afin de permettre par exemple aux académies d’avoir les moyens d’attirer des profils comme ceux des DAF des universités,
  • permettre des évolutions au sein de la filière ou vers des fonctions plus généralistes d’encadrement.

Des objectifs qui supposent toutefois de marier davantage les approches RH, qui, pour l’heure, restent très différentes. L’enseignement scolaire s’appuie sur des profils généralistes (recrutés en IRA ou à l’ENA), placés ensuite sur des postes techniques alors que l’enseignement supérieur privilégie les compétences pointues, engagées d’abord en CDD et dont le poste est ensuite sécurisé par l’accès à un concours (ITRF en majorité), constatent les inspecteurs généraux.

Pour encourager les va-et-vient d’un système à l’autre, ils conseillent, par exemple, d’introduire une obligation de mobilité (géographique ou fonctionnelle) dans l’accès au grade d’attaché principal d’administration "pour repérer des profils prometteurs". Ou que les rectorats ouvrent au sein des programmes académiques de formation des sessions conjointes pour les agents comptables officiant dans le secondaire ou dans le supérieur.

Autre frein à lever : les systèmes d’information ministériels qui, pour l’instant, ne sont "pas adaptés à une gestion qualitative des ressources humaines". Un exemple ? Impossible d’obtenir de la DGRH le nombre d’ITRF affectés aux fonctions finances et budget dans les EPSCP…

(1) Ce rapport non public (n°2017-096), diffusé l'an dernier aux recteurs et aux établissements de l'ESR, est conçu comme un outil d'aide à la décision, a dit l'IGAENR Martine Saguet. Il a été co-écrit avec Jean-René Genty, Marie-Claude Franchi et Claude Coquard.

(2) Sur les 670 attachés d'administration affectés au système éducatif en 2014, 445 sont allés en EPLE et 39 dans l'enseignement supérieur. En 2016, les universités n'en ont plus recrutés que 8 et les Crous 13.



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